Bienvenue au Club-s

L’arrivée des clubs en France

La genèse

American Book of the Month Clubs

Sequana

Bucherguilde, La guilde de Gutemberg

Guilde du livre de Lausanne

La naissance

Les grandes années

Club du meilleur livre

Club des libraires de france

Club de la femme

Club du livre du mois

Conclusion

Rencontre avec Jérôme Dupeyrat

Retour

Rencontre avec Boris Donné

Index

Bibliographie

Article

Sitographie

Vidéo

Radio

Corpus analysée

Remerciement

L’arrivée des clubs en France

Soudain le paquet du Club arrive. Je déballe. Je regarde n’importe quel volume. Il forme un bloc solide, un objet de l’âme. Jean Cocteau [1]

Jean Cocteau nous livre, dans une lettre envoyée à Robert Massin, son sentiment lorsqu’il reçoit un paquet que le Club Français du Livre lui fait parvenir en 1950. Quatre années plus tôt en 1946, la Seconde Guerre mondiale est encore très présente dans l’esprit des Français qui s’attellent à reconstruire le pays. Résolument «nation littéraire» [2], la France et les Français vont s’attacher à reconstruire les bibliothèques publiques et domestiques, à repeupler les rayons de ces objets si singuliers.

[2] Pascal Fouché (dir.), L’édition française depuis 1945, Éditions du Cercle de la Librairie, 1998, p. 31.

    Cette notion de repeuplement est essentielle. Ce qui nous intéresse ici est le travail réalisé par les Clubs du Livre et plus particulièrement leur engagement autour de la promotion du livre-objet.

    Pour cela, il nous faudra étudier les origines des Clubs, fondements de ce qu’ils sont devenus. Par la suite, nous présenterons des Clubs aux États-Unis créés avant la Seconde Guerre mondiale, puis le tout premier Club Français, Sequana, le Club Allemand, Bücherguilde et enfin la Guilde du Livre de Lausanne. Leurs publications, que j’aime appeler la genèse des Clubs, n’ont pas reçu un franc succès comparé à l’engouement pour les ouvrages publiés par les Clubs d’après guerre. En suivant cette trame historique, nous parlerons ensuite de la naissance d’un des pionniers de la révolution graphique dans le domaine littéraire en France: Le Club Français du Livre. Nous reviendrons sur le parcours de Pierre Faucheux, modèle d’une génération de graphistes qui a participé à l’aventure des Clubs. Et enfin, nous analyserons les Clubs qui ont suivi le Club Français du livre, à commencer par le Club du Meilleur Livre, créé par des éditeurs afin de contrer le succès grandissant du Club Français, ou encore le Club des Libraires de France. En parallèle, nous découvrirons aussi les graphistes qui ont participé à cette révolution graphique. Parmis eux, Robert Massin, Jacques Darche, Jacques Daniel et l’une des rares figures féminines représentante du graphisme en France: Jeanine Fricker. Les ouvrages présentés dans ce mémoire seront regroupés dans une annexe.


La genèse

Qu’est ce qu’un Club du livre? Il s’agit d’une société commerciale qui a pour particularité de vendre des livres par correspondance et sur abonnement. Avec ce mode de diffusion, tous les adhérents au Club en question les reçoivent à domicile, et ce périodiquement. Ce sont des propositions de titres destinés à la vente, et ayant fait l’objet d’une édition particulière, un nouveau mode de consommation littéraire que nous proposent les Clubs.

Les Clubs du livre en France se sont inspirés d’un modèle qui est né au lendemain de la première guerre mondiale en Allemagne, la Büchergilde. Mais le développement de ceux-ci fut loin d’égaler celui des entreprises américaines, qui étaient fondées sur la vente directe d’une sélection d’ouvrages, sans passer par un ou plusieurs tiers.

    En effet, les Clubs américains ont entièrement réinventé le commerce du livre avec leurs centaines de milliers d’adhérents. Ils leurs envoyaient un ouvrage qu’ils avaient sélectionné en interne, un volume choisi parmi la production des éditeurs. Il était ensuite vendu à un prix inférieur à celui qu’ils pouvaient trouver en librairie. C’est ce qui a d’ailleurs poussé les éditeurs à publier des manuscrits uniquement en fonction de cette potentielle sélection. En revanche, les clubs ont pu développer la lecture chez bon nombre d’américains, étant donné que dans certaines villes reculées la population n’avait pas de librairie, mais uniquement des drugstores qui vendaient de tout et de rien. Nous allons de ce fait explorer plusieurs Clubs de différentes nations, afin de comprendre l’origine de nos Clubs français.


L'American Book of the Month Clubs

Nous commencerons par l’American Book of the Month Club, créé en 1926 par Harry Shermann. Il travaillait pour l’agence de publicité J.Walter Thompson en 1916, quand il eut l’idée de créer «la petite bibliothèque de cuir». Avec Max Sackheim [3], Charles et Albert Boni [4], Harry Shermann lancera plus tard un service de vente par correspondance où sera proposée la formule «30 great books for 2.98 $», ce sont les prémices de l’American Book of the Month Club. Plus tard en 1926, Shermann et ses associés, face à des problèmes de coûts de fabrication de leurs ouvrages, viennent à créer ce Club.

[3] Publicitaire innovant dans le concept de réponse direct.
[4] Cofondateur de la maison d’édition Boni & Liveright et éditeur pionnier des livres de poche et des clubs de lecture.

    D’après Shermann, le Club est une marque à lui seul et s’impose comme un sélecteur de bons livres. Il vend grâce à son propre prestige. «Ainsi, le prestige de chaque nouveau titre ne doit pas nécessairement être construit avant de devenir acceptable.» [5]

Harry Shermann, Biographie Actuelle, 1943, pp. 669 — 671.

    Au début, le Club avait 4000 abonnés. Vingt ans plus tard, il en comptait plus de 550 000. Au vu de ce nombre, le Club était devenu une institution et un outil pour promouvoir la littérature auprès d’un public grandissant.


Sequana

De même en France, Sequana, une entreprise similaire mais au fonctionnement totalement différent des Clubs américains, vit le jour en 1924 grâce à René Julliard [6] et Louis Mouilleseaux. Tous les mois, un comité de sélection se réunissait afin de choisir un ouvrage, le plus représentatif possible de l’activité littéraire en France. Parallèlement, un service commercial s’occupait de l’envoi des ouvrages sélectionnés par le Club à sa clientèle, française mais surtout étrangère, au même prix qu’en librairie. Ils utilisaient un bulletin de liaison, «Le Cahier», qui donnait des informations sur les publications à venir.

    Ce principe de bulletin sera repris plus tard par les Clubs créés après la Seconde Guerre mondiale. L’activité de Sequana, qui était principalement tournée vers l’étranger, prit fin à l’annonce de cette guerre en 1939.

[6] Éditeur français, fondateur des Éditions Julliard.

Bucherguilde, La guide de Gutemberg

L’association du livre Büchergilde Gutemberg fut fondée par Bruno Dreßler, à l’occasion du symposium de l’association des imprimeurs allemands de livres à Leipzig en 1924.

    Cette initiative permet à la classe ouvrière de se procurer des livres bon marché et de haute qualité culturelle. La Guilde du livre s’est alors imposée comme l’institution culturelle des travailleurs. La conséquence de cet engagement auprès de la classe ouvrière se concrétise avec la publication d’un grand nombre d’auteurs modernes socialement engagés, tels que Martin Andersen Nexo, Oskar Maria Graf, Jack London, Mark Twain, etc.

    Le 1er janvier 1925, la Guilde Gutemberg compte à son actif 10 595 abonnés. En 1928, il y en a 45 260. Jusqu’en 1931, la Guilde possède un réseau de succursales établies en Allemagne, à Zurich, Vienne et Prague. En 1933, le nombre d’abonnés est de 85 000.

    À partir de 1933, année qui correspond à l’entrée au pouvoir d’Hitler, les employés sont licenciés pour des raisons politiques après une période de transition. Malgré cela, le fonctionnement de la Guilde reste inchangé en dépit de la séparation de la branche Zurichoise et de l’émigration Suisse. Étant donné que la Bücherguilde était une coopérative, elle a fait sa publicité seule en Suisse jusqu’en 1945, avec environ 100 000 membres.

    En 1947, le fils du fondateur Helmut Dreßler, qui était attaché à des livres bien conçus et illustrés, reconstruit la guilde allemande du livre en tant que filiale de la DGB à Francfort-sur-le-Main. Parmi les typographes, il y avait par exemple Karl Francke, qui a développé la conception générale des numéros de Jack London. Cinq ans après la reconstruction de la guilde, le nombre d’abonnés était de plus de 200 000, et est même monté jusqu’à 300 000 dans les années 1960.

    C’est vers les années 1970, que le nombre d’abonnés a commencé à chuter. Aujourd’hui, la guilde s’est diversifiée et propose des éditions sous licence, des éditions originales, des DVD, des livres audio, des CD musicaux et divers articles de la collection Bücherguilde.


La Guilde du livre de Lausanne

La Guilde du Livre de Lausanne, quant à elle, a été créée le 1er avril 1936 par Albert Mermoud. Cette coopérative a pour but de regrouper le plus grand nombre de lecteurs, pour leur proposer une sélection d’ouvrages de qualité, à des prix abordables. Le tout premier ouvrage publié fut Derborence de Charles-Ferdinand Ramuz. Le premier bulletin de liaison, «Guilde», sort en mars 1936 à 10 000 exemplaires et permet de recruter 1000 abonnés. Plus tard, il fut tiré à plus de 100 000 exemplaires. La ligne éditoriale de Mermoud était basée sur une programmation d’œuvres de qualité et accessibles, parfois étoffée de textes plus complexes comme La Seine de Francis Ponge, ou Notre terre et ses gens de Catherine Colomb. Malgré le mauvais accueil de la presse et des institutions professionnelles, la Guilde connut une croissance spectaculaire. En 1937, elle compte 4000 abonnés; en 1941, 10 000; en 1955, elle atteint 50 000; puis en 1958, elle finit à 98 000 abonnés. Suite au succès rencontré hors de la Suisse, Albert Mermoud décida d’ouvrir une boutique à Paris, en premier lieu rue Mazarine, puis à l’angle des rues du Bac et Grisbeauval.

    C’est du bureau de cette dernière que Mermoud gère toutes les négociations des droits en France. Les éditions Clairefontaine (principale entreprise de diversification de la Guilde) ont aussi favorisé la distribution des ouvrages d’art et monographiques à un plus large public. Les principales raisons de son succès sont les qualités graphiques et typographiques des réalisations ainsi que la qualité de leurs reliures. De plus, en 1940, la Suisse possède un papier de grande qualité pour des éditions du même acabit. Ces avantages perdurent encore quelques années après la fin de la guerre. Puis, la concurrence arrive avec des prix plus attractifs, des méthodes commerciales plus modernes.

    La fidélité des membres commence alors à chuter et sonne bientôt la fin de la guilde. Le 31 janvier 1978, France Loisirs rachète tous les stocks et le fichier adhérent. Ce fut la fin de la Guilde du Livre de Lausanne, définitivement radiée du registre du commerce de Lausanne le 25 novembre 1987.


La naissance

Nous allons maintenant parler du Club Français du Livre que j’appellerai CFL tout au long de ce mémoire. Nous sommes à la sortie de la guerre, la France est en manque de livres et de moyens de diffusion. Le principe de vente par correspondance semble être la solution pour combler ce manque. Le CFL est né en 1946 de la volonté de Stéphane Aubry et Paul Stein (Jean-Paul Lhopital). Il sera totalement opérationnel en 1947 avec l’arrivée du premier directeur artistique: Pierre Faucheux.

    Après avoir travaillé pour Flammarion en 1942, où il assistait Paul Fauchet sur la collection Père Castor, et après avoir travaillé comme journaliste au « Combat », il est engagé par Raymond Charlot [7] afin de renouveler la totalité des couvertures de ses ouvrages. Puis en 1947, comme dit plus haut, il sera engagé au CFL. Faucheux sera le premier directeur artistique du Club, lui succéderont à ce poste Robert Massin, Jacques Darche ainsi que Jacques Daniel.

[7] Auteur, directeur de publication et rédacteur.

    Le nombre d’exemplaires tirés est environ de 2500 à 8000 par titre. Le club publie quatre livres par mois pendant près d’une décennie et son nombre d’adhérents se verra multiplié par trente entre 1948 et 1957. La réussite de ce Club qui n’était pas le premier en France et qui a su se démarquer par ses réalisations graphiques, que nous verrons par la suite, est immédiate. Son succès est dû au concept qu’il met en œuvre: rendre accessible un savoir perdu avec la guerre au plus grand nombre, à l’originalité de la mise en page et à l’attractivité pécunière de l’offre. Par la suite, le Club s’installera au 8, rue de la Paix à Paris et sera l’une des premières entreprises à utiliser l’informatique afin de gérer son fichier adhérent.

    Jean-Paul Lhopital engagea Robert Carlier, qu’il a connu pendant la guerre, comme directeur de publication, avant que celui-ci ne parte au Club du meilleur livre. La clientèle du CFL était surtout celle de petites villes qui n’avaient sûrement pas accès à une bibliothèque ou à une librairie.

    Chacun des titres du CFL faisait l’objet d’une création originale. C’est d’ailleurs cette volonté de diversification qui créait une unité dans les diverses collections.

    De plus, les couleurs utilisées n’étaient en rien similaires à celles qui correspondaient aux codes éditoriaux dit «classiques» de l’époque. Une autre différence est le choix des polices de caractères, le CFL se distingue par l’utilisation d’une linéale [a] qui est une variante du Futura (conçu par Paul Renner, entre 1924 et 1927 pour la fonderie Bauer). Cette police va dominer des années 1955 à 1970. Pour le texte courant, ils utilisent des polices un peu plus classiques comme le Plantin, le Garamond ou le Baskerville, tout en s’autorisant des polices plus rarement employées. En ce qui concerne l’objet «livre», il est le plus souvent recouvert par une jaquette rhodoïd (acétate) afin de protéger la couverture entoilée. Celle-ci est souvent sujette à des expérimentations graphiques. Certaines collections, quant à elles, sont protégées par une jaquette papier, où l’on peut voir une illustration ou une photographie ainsi qu’une note biographique qui présente l’auteur.

Exemple de police linéale

    Tous les livres du CFL comportent à l’origine une étiquette de collationure [8] qui consiste à contrôler la qualité de l’ouvrage. Ces étiquettes ont le plus souvent été perdues tout comme les jaquettes rhodoïds, mais il arrive cependant que l’on puisse en trouver pour notre plus grande joie !

[8] Étiquette permettant de relever les erreurs d’impressions, coquilles ou autres erreurs.

    Le format des ouvrages du CFL que j’appellerai «courant» est de 21,5 par 14 cm, bien qu’il puisse varier en fonction des collections ou en fonction des œuvres. Par exemple, le magnifique Exercices de styles [9] de Raymond Queneau, illustré par Carelman [10] et mis en page par Robert Massin mesure 22,2 par 27,7 cm, ou encore les Œuvres Complètes de Lautréamont [11] du Comte de Lautréamont, mis en page par Pierre Faucheux, mesure 18,4 par 21,5 cm.

[9] Quenneau Raymond, Exercices de styles, Le Club français du livre, 1963, 5000 ex.
[10] Peintre, décorateur et illustrateur français. Il est connu pour avoir publié le Catalogue d’objets introuvables (1969).
[11] Comte de Lautréamont, Œuvres complètes, Le Club français du livre, 1949, 3000 ex.

La créativité du CFL contraint les éditeurs à soigner leurs présentations, car le Club utilisait à l’époque des matériaux inemployés jusqu’alors tels que le bois ou la soie.

    Grâce à ses collections et à la revue «Liens», le CFL effraie le monde du livre, qui d’ailleurs lui oppose une vive hostilité. Mais le Club ne s’arrête pas là, bien au contraire, il va même jusqu’à créer son propre prix littéraire et en 1949, le décerne à Ellias Canetti [12]. Ce dernier obtient par la suite un prix Nobel pour son unique roman Die Blendung, qui fut traduit La tour de Babel. Cette émancipation de tout dogme du monde de la littérature en France a la particularité d’irriter la haute sphère du livre. Suite à cela, le CFL s’installera au 6, rue de Lisbonne dans le 8e arrondissement de Paris, pour s’associer à un certain prestige, mais surtout pour ne pas être confondu ou attaché aux autres éditeurs qui à cette époque étaient installés de l’autre côté de la Seine. C’est à ce moment là que Robert Carlier va tenter une chose des plus incroyables, concurrencer la Pléiade, ce monument français de la maison d’édition Gallimard, avec une collection rivale.

[12] Écrivain d’expression allemande, originaire de Bulgarie. Il a reçu le prix Nobel de littérature en 1981.

    En 1960, le CFL tend à se normaliser, en particulier avec son utilisation de polices de caractères uniformes pour ses dos de couverture. En revanche, l’acétate et les étiquettes de collationure restent de mise. Robert Carlier et Robert Massin étaient tous deux passés chez la concurrence en 1952, au Club du Meilleur Livre, une filiale connue de Hachette et Gallimard ainsi que du jeune Robert Laffont (pendant un temps). Ajoutez à cela le départ de Faucheux en 1954 pour le Club des libraires de France, et le sort du CFL était scellé; l’âme même du Club n’étant plus présente. Au milieu des années 60, la créativité du Club s’essouffle, en grande partie à cause des œuvres intégrales qui sont devenues la primauté du CFL. L’économie aussi commence à inquiéter: le Club ne parvient pas à se renouveler, sa créativité est en plein déclin et il abandonne toute la spécificité de son caractère en se ralliant au Grand livre du mois.

    Après vous avoir exposé la création et la vie de ce club, je voudrais ouvrir avec vous certains de ces livres en commençant par les Aphorismes  de Lichtenberg [13][b]. La maquette de celui-ci sera une sorte de test d’entrée au club pour Faucheux. Elle a été pendant longtemps considérée comme un manifeste de la nouvelle école du design éditorial, dans laquelle on peut voir une très forte inspiration surréaliste. L’une des nombreuses innovations de Pierre Faucheux a été de penser les couvertures de livres imprimés sur la totalité des plats de couverture.

[13] Lichtenberg Georg Christoph, Aphorismes, Club français du livre, 1947, 3500 ex.
Couverture des Aphorismes de lichtenberg

    La couverture sera par la suite composée ouverte, pour que les deux plats et la tranche ne forment qu’une seule et même image.

     Aphorismes de Lichtenberg, publié en 1947, a été imprimé sur les presses de l’imprimerie Mazarine à Paris, à hauteur de 3500 exemplaires. Parmi ceux-ci, 1500 sont sur papier vélin Featherweight constituant l’édition originale réservée aux membres du CFL; 2000 autres exemplaires sont imprimés sur papier bouffant. Le texte est composé en Romain quarante-quatre corps 10. Le fait que chaque livre du Club soit numéroté appuie la notion de collection. Sur la couverture des Aphorismes, on peut voir un portrait de Georg Christoph Lichtenberg représenté sur tout le plat de couverture, imprimé en rose et noir, ainsi que le titre et le nom de l’auteur sur la première et quatrième de couverture. Il est aussi visible sur la tranche à la verticale. Lorsque l’on rentre dans ce livre, nous pouvons observer les pages liminaires qui défilent dans l’ordre suivant : une précision sur le nom du Club qui le publie, une notice biographique sur Lichtenberg, ainsi que la page de faux titre. On peut voir qu’André Breton a écrit la préface, et que le texte est traduit par Marthe Robert. Enfin, il est précisé que cette édition est publiée au CFL. La préface est composée en italique et le texte commence quelques pages plus loin, c’est ce qu’on pourrait appeler une mise en page classique.

    Les nouveaux chapitres débutent par une lettrine. Cette édition des Aphorismes reste néanmoins connue pour le jeu graphique et les couleurs dont Faucheux a usé pour la couverture.

C’est la naissance d’une nouvelle école.

Les Œuvres complètes de Lautréamont [14][c], par le Comte de Lautréamont, est aussi un ouvrage intéressant. Imprimé le 20 décembre 1949 à hauteur de 3000 exemplaires sur papier Alfama de Marais, c’est aussi Pierre Faucheux qui en assura la présentation. On reconnaît aisément son travail lorsque l’on commence à feuilleter le livre.

[14] Comte de Lautréamont, Œuvres complètes de Lautréamont, 1949, 3000 ex.
Page liminaires des Oeuvres du Compte de Lautréamont Page liminaires des Oeuvres du Compte de Lautréamont Page liminaires des Oeuvres du Compte de Lautréamont Page liminaires des Oeuvres du Compte de Lautréamont Page liminaires des Oeuvres du Compte de Lautréamont

    Mais parlons avant tout de l’aspect de ce livre, à commencer par son format qui ne ressemble pas aux autres formats habituels. Ici, il est question d’un format «faux carré» qui est de 18,5 par 21,5 cm. Sa couverture est entoilée avec un tissu vert d’eau, et l’on peut voir en première de couverture la signature d’Isidor Ducasse, qui n’est autre que le Comte de Lautréamont. En tournant cette couverture, on découvre des Didones majestueuses. Elles composent le mot Maldoror, que l’on voit se dessiner au fur et à mesure que l’on tourne ces pages, avant d’arriver sur la page de faux titre. Nous retrouverons plus tard ces Didones avec les numéros de chapitres en chiffres romains.

    La maquette des Œuvres complètes de Lautréamont expose bien la cinétique des clubs [15] dans ses pages liminaires, et c’est ce principe que nous allons voir dans la maquette de Jacques Darche de De la terre à la lune [16][d] de Jules Verne, publié au club en 1955 à hauteur de 10 000 exemplaires. La couverture est entoilée avec un tissu bleu nuit, sur lequel est imprimé le cycle des lunes en rouge, ainsi qu’un obus blanc. Sur la tranche, on peut lire le titre «De la terre à la lune» et «Autour de la lune». Les mots «Terre» et «Lune» sont remplacés par des illustrations. On y voit aussi l’auteur: Jules Verne.

[15] Irène Ducnyach parle de la cinétique des clubs lors d’une journée d’étude ciné design en 2016.
[16] Verne Jules, De la terre à la lune, Club français du livre, 1955, 10.000 ex.
Page liminaires de De la terre à la lune Page liminaires de De la terre à la lune Page liminaires de De la terre à la lune Page liminaires de De la terre à la lune Page liminaires de De la terre à la lune Page liminaires de De la terre à la lune

    Le contreplat représente un obus perdu dans un ciel étoilé et nuageux [17] rouge. Il nous indique le sens de lecture, mais est aussi une façon de dire «À l’aventure!». Ensuite nous pouvons voir une indication sur la collection : Merveilles, ainsi qu’une gravure qui représente le départ de l’obus entouré par des membres du Gun Club de Baltimore. On tourne la page et… écran bleu avec le nom de l’auteur. C’est un «générique» qui se met en place, encore un écran bleu, mais cette fois-ci avec le but à atteindre: la lune dans un ciel étoilé. Sur la page suivante, le portrait de Jules Verne semble avoir pris place là où se tenait la lune. On tourne à nouveau et on découvre un écran bleu étoilé, comportant uniquement le titre. Le dernier écran bleu se trouve avant la préface, puis le roman débute. La particularité de cette édition est qu’il y a deux romans:

[17] C’est à partir de ce moment que la terre a perdu de vue l’obus.

    «De la terre à la lune» et «Autour de la lune». Dans le premier, l’histoire nous décrit les démarches pour organiser ce voyage à bord d’un obus, du départ des aventuriers jusqu’à la perte de l’obus dans les nuages. Le deuxième roman raconte la vie de Nicholl, Barbicane et Michel Ardan [18] à bord de l’obus, en dérive autour de la lune. Dans le livre, la séparation est symbolisée par des pages liminaires au deuxième chapitre, qui nous montrent le voyage et ce que les protagonistes voient. Puis le deuxième récit commence. À la fin de celui-ci, on trouve une note anecdotique qui nous en apprend plus sur Jules Verne et sur ce livre. Prennent alors place le colophon et le contreplat, inversés par rapport à celui du début du livre.

[18] Personnages de De la Terre à la Lune.

C’est la fin du voyage.


Les grandes années


Club du meilleur livre

    C’est le 1er août 1952 que le Club du meilleur livre (CML) est créé par les librairies Hachette, Gallimard, et le jeune Robert Laffont. C’est Robert Carlier qui sera directement désigné au poste de gérant et directeur littéraire du club. En effet, il possède l’expérience des négociations auprès des éditeurs, mais aussi des sélections mensuelles afin de répondre au mieux à la demande des lecteurs. Il connaît également tous les rouages de la vente par correspondance, et est en contact avec des maquettistes qui travailleront plus tard pour ce club. C’est lui-même qui constitua la première équipe avec comme conseillers artistiques Robert Massin, Pierre Descomps comme directeur commercial, Eric-Williams Mercier comme directeur de fabrication, et Josette Wittorski comme secrétaire de direction. C’est ainsi que chaque semaine, les principaux actionnaires recevaient un bilan complet des activités du club. La toute première sélection d’ouvrages est publiée en janvier 1953. Robert Carlier, offrait également ses services à différents autres clubs, en grande partie en tant que conseiller littéraire.

    Il aidait au bon développement des sélections afin de satisfaire la demande, comme par exemple avec Claude Tchou, et son Club du livre précieux. Un autre exemple est le Club du livre policier de Maurice Renault des éditions Opta. Malgré les similitudes entre le CML et le CFL, celui-ci n’égala pas le succès du Club français, du moins en terme de chiffres.

    Son fichier adhérent atteignit seulement les 80 000 abonnés alors qu’au CFL il en comprenait 300 000 en 1957.

    Le CML se positionna dans la nouvelle formule de vente par correspondance, moyen pour ses actionnaires de comprendre et tester le succès de cette méthode, nouvelle formule dans l’univers commercial. Ils se sont donc familiarisés avec les techniques de fidélisation de la clientèle, d’incitation à l’achat, mais ont surtout pris conscience que l’aspect graphique du livre joue un rôle énorme dans sa vente. Afin de gagner des adhérents, le CML assure le recrutement grâce à des campagnes de publicité dans les journaux. Les membres actifs bénéficient d’avantages au sein du Club mais malgré cela, il s’essoufflera progressivement, ne pouvant pas maintenir cette présence médiatique.

    Comme le CFL, le CML édite chaque mois 4 livres à tirages limités dont il fait la promotion dans son bulletin: Clubs. L’adhésion y est totalement gratuite et n’oblige en aucun cas l’achat des volumes publiés. Afin de devenir membre, et ainsi recevoir le bulletin gratuitement, il suffit de commander un volume choisi parmi les titres disponibles. Grâce à leur fidélité, les membres du Club obtiennent un livre gratuit pour 6 achetés, ce qui ne manquera pas d’améliorer la fidélisation des membres au fil du temps. Robert Carlier s’inspirera grandement du mode de fonctionnement de la Guilde du livre de Lausanne. Il exportera son réseau de membres en province, où ils animeront le Club en organisant des rencontres entre membres, ou encore des cycles de conférences qui renforcent le lien social et le sentiment d’appartenance à un groupe, à une communauté de lecteurs.

    C’est ainsi que les membres les plus fidèles se sont vus invités à Paris, afin de discuter de l’avenir du Club. On y discutera surtout du prix des ouvrages, de certains avantages réservés au membres, des campagnes publicitaires, …

    Le CML, comme le CFL, avait comme volonté de réintroduire la littérature dans les bibliothèques françaises. Son catalogue était composé en grande partie de rééditions de textes de littérature contemporaine. Il y a environ 350 titres connus du CML, pour la plupart issus du catalogue de Gallimard qui est l’un des premiers actionnaires du CML. C’est ainsi que Carlier instaure diverses collections comme Le nombre d’or, une collection de luxe, où l’on peut notamment lire les œuvres de Molière ou encore Verlaine. On trouve ensuite des recueils de poésie, comme Alcools de Guillaume Apollinaire, publié en novembre 1953.

    En 1958, une collection est lancée sous la direction de Samuel Sylvestre de Sacy [19]. La collection « Astrée » est composée de petits textes accompagnés d’un cahier de documents iconographiques et d’une biographie. Imaginée par Jeanine Fricker, la maquette se veut élégante, dans un format 11 x 20 cm. La documentation supplémentaire devient une préoccupation dominante pour le CML, c’est une source d’informations que l’adhérent ne peut pas se procurer ailleurs. C’est donc un véritable intérêt que de jouer sur ce supplément afin de se démarquer de la concurrence. Robert Carlier fait appel à une multitude d’écrivains afin d’enrichir les œuvres publiées : Roland Barthes, André Maurois, Gilbert Sigaux, …

[19] Auteur et éditeur français.

    La totalité des ouvrages sont reliés et pour la plupart réalisés par la société Babouot à Paris. C’est là que les maquettistes ont innové en terme de matériaux. Ils ont utilisé par exemple de la toile, du cuir, du velour, de la soie, du liège, du verre, du bois, ...

    Au CML, Massin va apporter de nombreuses pratiques qui deviendront la vitrine de ce club:

    les couvertures imprimées, découpées, avec des vignettes collées sur la couverture, ainsi qu’un traitement graphique des pages liminaires. De nombreux maquettistes vont être appelés à travailler avec Massin: Jacques Darche, Jacques Daniel, Claude Bonin, Jeanine Fricker, ou encore Étienne Sved. Jeanine Fricker, elle, faisait imprimer des illustrations sur du papier, ou sur du plastique transparent. Parfois, elle décorait l’acétate qui protège le livre comme pour le magnifique Cette mer qui nous entoure de Rachel L. Carson, paru en 1954, que nous verrons plus tard. Le 21 février 1972, c’est la fin du Club: le dernier titre paru date de plus de dix ans. Massin est déjà en poste chez Gallimard depuis 1957, il y est rejoint par Robert Carlier en 1961 qui dirigera la collection poésie/Gallimard.

    Le CML, et le CFL, ont tout deux réalisé des prouesses éditoriales, mais comment était construit le livre type du CML ?

    En premier lieu, on remarque sur une grande partie de leurs ouvrages publiés, un triangle sur la tranche [20]. La couverture est souvent entoilée et imprimée, et par moment même on ne voit le titre et l’auteur que sur la tranche. Par exemple, Cette mer qui nous entoure [21][e] que nous avons cité plus haut, est un ouvrage que nous livre Jeanine Fricker au format faux carré, relié d’une toile bleu imprimée sur laquelle on peut voir des motifs de faune marine. L’ouvrage est recouvert d’un acétate imprimé lui aussi, en noir. Il représente le relevé des canyons de la côte Méditerranéenne par Monsieur Bourcart. Sur les pages liminaires, on voit successivement apparaître le nom de l’auteur suivi du titre, puis une citation de Sénèque sur la page suivante: «au-delà de toutes choses s’étend l’océan». Toutes ces pages sont composées en Plantin en corps imposant, qui occupe pratiquement tout l’espace de la page. Ensuite nous arrivons à une autre spécificité du CML: le colophon. Il ne se trouve pas à la fin mais au début du livre, dans un plus petit format que la page courante et la plupart du temps sur du papier gris.

[20] Il n’y a aucune information à ce sujet, mais je pense que le triangle représente les 3 principaux actionnaires du CML.
[21] Carson Rachel. L, Cette mer qui nous entoure, Club du meilleur livre, 1954, 5500 ex.
Page liminaire de Cette mer qui nous entoure Page liminaire de Cette mer qui nous entoure Page liminaire de Cette mer qui nous entoure Page liminaire de Cette mer qui nous entoure

    On peut y lire les mêmes informations que sur ceux du CFL, par exemple le numéro d’exemplaire, le mien étant le 3238. Sur les pages suivantes, nous trouvons la page des remerciements, composée en Plantin gras corps 10, puis le titre de la première partie, à nouveau en Plantin imposant. Le texte est justifié, centré en milieu de page et ne subit aucune modification au fur et à mesure que l’on tourne les pages. Les éléments de pagination sont toujours placés à la limite du blanc de pied et ferrés à gauche sur le petit fond.

    Ce qui fait la particularité de cet ouvrage, ce sont les illustrations présentes à l’intérieur. En effet, Fricker a choisi du papier de couleur transparent, afin de rappeler l’apparence de l’eau. On peut aussi trouver des photographies en noir et blanc, provenant pour la plupart du studio André Steiner, et d’Atlas-photo. Elles sont mises en page de sorte qu’il y ait toujours un encart blanc à gauche de la page. Comme je l’ai dis plus haut, l’objectif des clubs est d’apporter un plus (supplément) au lecteur : documenter l’œuvre afin de comprendre le récit ou l’étude proposée. Dans Cette mer qui nous entoure, nous avons accès aux notes de l’auteure qui nous explique la construction de l’intégralité de son œuvre, mais aussi des notes de références complètes et précises.

    Je vais maintenant vous décrire mon premier livre du CML, le point de départ de ma collection: Le pont de la rivière Kwaï [22][f] de Pierre Boulle, publié en 1953 à hauteur de 5000 exemplaires et mis en page par Robert Massin. Sur la couverture entoilée d’un tissu rouge, le titre est imprimé et un «P» majuscule blanc qui prend la totalité de la hauteur de la page est embossé, agrémenté d’une couture représentant une structure de pont. Sur la tranche, nous retrouvons le triangle, l’auteur et le titre, et sur le dos, le même «P» majuscule est cette fois-ci coupé au niveau de la jonction du fût et de l’empattement, symbolisant la chute de ce pont. L’histoire du Pont de la rivière Kwaï retrace la construction d’une voie ferrée sur un pont afin de permettre à l’empire japonais de venir en aide à ses troupes lors de la conquête du Raj Britannique.

Le mauvais traitement des ouvriers, essentiellement constitués de main d’œuvre asiatique et de prisonniers de guerre, a ainsi valu à ce chantier le surnom de: «voie ferrée de la mort».
[22] Boulle Pierre, Le pont de la rivière Kwaï, Club du meilleur livre, 1953, 5000 ex.
Page liminaire du Pont de la rivière Kwaï Page liminaire du Pont de la rivière Kwaï Page liminaire du Pont de la rivière Kwaï Page liminaire du Pont de la rivière Kwaï

    Dans ce livre, la plupart des éléments typographiques nous rappellent l’architecture en croisillons du pont, le contreplat y faisant clairement référence avec ses «poutres» qui se croisent. Ensuite, une page nous présente le Club ainsi que la collection. Sur le premier écran titre, le P, le R et le K reprennent la forme et la taille du P de la couverture, puis deviennent rouges sur la page suivante. Après le colophon, une citation de Joseph Conrad est imprimée en rouge, exceptées les majuscule imprimées en noir. “No, it was not funny ; it was rather pathetic ; he was so representative of all the past victims of the great joke. But it is by folly alone that the world moves, and so it is a respectable thing upon the whole. And besides, he was what one would call a good man.” Le roman débute, précédé par un «1» dans le même corps et la même graisse que le «P». Des rappels typographiques sont ainsi présents tout au long du récit. Le contreplat qui clôt l’ouvrage est le même que celui du début.


Club des libraires de France

Le club des libraires de France «Libraires associés – Club des libraires de France», que j’appellerai par la suite CLF, fut créé le 9 mai 1953 lors de l’assemblée générale de la Chambre syndicale des libraires de France. À cette époque, au sein de cette chambre syndicale, les Clubs font beaucoup parler d’eux, qu’il s’agisse des guildes en Suisse, du CFL, du CML ou encore de Club du livre du mois. Jean Bannier présente un exposé qui recense tous les problèmes récurrents des Clubs car ils sont éditeurs et libraires à la fois, ce qui pose un sérieux problème aux libraires traditionnels ainsi qu’aux distributeurs. De plus, les Clubs apportaient conseils et informations littéraires alors que rares étaient les libraires qui fournissaient ce genre de service.

    La brochure Sélection des libraires de France paraît en 1950 éditée par la Chambre syndicale. À la manière des Clubs existants en France, un comité présente chaque mois aux clients des librairies une sélection des meilleurs titres disponibles.

    Le CLF est déposé devant notaire le 16 avril 1953. Dès le 1er mai, tous les libraires recevaient dans la revue Bibliographie de la France [23] un bulletin présentant le CLF.

    Les actionnaires ont alors jusqu’au 30 juin 1953 pour souscrire à 250 actions de 40 000 anciens francs chacune. Le CLF est une société anonyme, à personnel et capital variables, ce qui permet une aisance dans la gestion du personnel, de nouvelles adhésions, le retrait d’actionnaires non satisfaits ou l’exclusion de libraires inactifs. Deux mois après l’injection des actions, elle sont toutes souscrites. Le Club démarre très bien, le réseau des libraires couvre toute la France et même certaines librairies associées à l’étranger prennent part à l’aventure. En 1955, le CLF fait un chiffre d’affaire de 180 millions d’anciens francs et un bénéfice net de 7 millions. La moyenne des ventes du Club s’élève à 200 000 000 d’anciens francs jusqu’à la fin des années 50. En 1953 c’est Bernard Gheerbrant, fondateur de la librairie La Hune à Saint- Germain-des-Prés, qui prend la direction littéraire et éditoriale du Club. Le travail qu’effectue Gheerbrant au CLF est comparable à celui des autres directeurs : achat des droits, commande de traduction, de préface, etc.

[23] Revue qui regroupe les notices bibliographiques des ouvrages publiés en France et ayant fait l’objet d’un dépôt légal répartis en cinq sections : livres, publications en série, musique, audiovisuel et cartographie.

    Le catalogue du Club qui représente à peu près 390 titres, est réparti en 16 collections qui visent un public cultivé.

    Il confit la réalisation des ouvrages à Pierre Faucheux, alors encore directeur artistique au CFL, qu’il quitte en 1954 afin de rejoindre l’aventure du CLF. C’est ici qu’il affirme les techniques graphiques déjà ancrées dans l’édition: la recherche typographique, la disposition des textes et des figures, ainsi qu’une harmonisation des collections. Les ouvrages que Pierre Faucheux met en page ici laissent une grande place à l’iconographie documentaire. Comme tous les autres Clubs, le CLF sort un bulletin mensuel, qui présente les différentes sorties du mois. Ce bulletin, d’abord rédigé par Gheerbrant et Simone Lamblin [24] et mis en page par Faucheux et Robert Delpire [25], est ensuite rédigé par Maurice Barois [26]. La grande qualité des thèmes ainsi que les divers collaborateurs font que ce bulletin est très apprécié des lecteurs. On peut par exemple y trouver des articles de Jean Cocteau ou encore de Jacques Prévert. Mais vers la fin des années 50, le bulletin n’échappe pas aux difficultés du Club et est remplacé par une brochure: Actualités club.

[24] Auteure et traductrice de l’anglais en français.
[25] Éditeur, galériste, producteur de cinéma, publicitaire et commissaire d’exposition français, spécialisé dans le domaine de la photographie. Il est le fondateur du Centre national de la photographie.
[26] Journaliste à Combat, L’Express Paris-Match

    En 1956, le Club ne fait plus de bénéfices, le chiffre d’affaire suit son court jusqu’en 1960, pour diminuer l’année suivante. C’est en 1963 que le Club vend une partie de sa production par l’intermédiaire de Sequana. C’est à ce moment là que s’instaure un partenariat entre le Club et Sequana, ce qui permet une double commercialisation. Un livre est relié pleine toile dans un premier temps, puis broché et vendu dans les librairies par Sequana dans un second temps. Ce système est assez lent à se mettre en place, mais il aura néanmoins permis au Club d’obtenir quelques coéditions, notamment avec Plon et Juliard. Cela ne suffit pas à relancer le Club pour autant, en 1966 le Club est dissous et liquidé en 1967.

Dans ma quête des Clubs du livre, je n’ai trouvé que peu de livres du CLF. L’un d’eux est Chopin [27][g] de Guy de Pourtalès, publié en 1959 à hauteur de 4400 exemplaires, numéro 15 de la collection bibliographie dont la maquette est réalisée par Henri Huchot.

[27] De Portalès Guy, Chopin, Club des libraires de france, 1959, 4400 ex.
Page liminaire de Chopin

    Son format est particulier: 12 x 19,8 cm, il se rapproche plus du format de poche que l’on connaît aujourd’hui.

    La couverture entoilée d’un tissu vert nous montre en premier lieu un portrait de Frédéric Chopin peint à l’huile par Ambroise Miroszewski. Sous celui-ci nous trouvons un fragment de l’autographe de la «Mazour en sol majeur». Sur le dos de couverture est imprimé un extrait de la dernière composition de Chopin éditée de son vivant: la sonate pour piano et violoncelle, op. 65. Un portrait au crayon de Delphine Potocka [28] par Paul Delaroche surplombe le tout premier billet de George Sand à Chopin. [29]

[28] Aristocrate polonaise qui a joué un rôle notable dans l’émigration polonaise des années 1830 et 1840, notamment comme amie de Frédéric Chopin.
[29] George Sand et Fréderic Chopin ont eu une liaison pendant une dizaine d’année.

    On voit sur cette couverture toutes les grandes étapes de la vie de Chopin. Lorsque l’on rentre dans le livre, on débute par un leporello qui lui aussi nous en dit plus sur qui était ce compositeur grâce à des portraits et des anecdotes. Viennent ensuite dans l’ordre : la collection ainsi que le numéro de collection, l’auteur, la page de faux titre, une citation de Litz, les sources puis la dédicace. L’entièreté de l’ouvrage est composée en Europe corps 10, la mise en page reste classique, il n’y a aucun jeu typographique ni aucune folie dans la mise en page. Le but de ce livre est purement informatif et ne cherche qu’à raconter précisément la vie de Frédéric Chopin.

    Parlons maintenant de La grande aventure des baleines[30][h] de Georges Blond, imprimé à 3 500 exemplaires en 1953, d’après les maquettes de Pierre Faucheux. Le plat de couverture est entoilé avec un tissu bleu gris, sur lequel sont imprimées deux baleines noires en symétrie inversée. Sur la tranche se trouvent le nom de l’auteur et le titre du livre. Les pages liminaires sont imprimées en papier gris, semblable aux petits formats pour le colophon du CML dont j’ai parlé plus haut. On y voit se dessiner au fil des pages une baleine, avec le nom de l’auteur, le titre, puis la page de faux titre.

[30] Blond Georges, La grande aventure des baleines, Club des libraires de France, 1953, 3500 ex
Page liminaire de La grande aventure des baleines Page liminaire de La grande aventure des baleines Page liminaire de La grande aventure des baleines

    Sur les pages suivantes est mise à notre disposition une série de gravures de baleines extraites des tomes VI et VII de l’album Die Säugthier [31] de Schreber et Wegner, publié en 1835 à Erlangen. On y voit différentes baleines échouées sur des rochers, une coupe latérale d’un crâne de baleine et différentes espèces de dauphins, avant de lire à nouveau le titre. Le récit commence, l’empagement reste assez classique, à l’exception du blanc de pied qui laisse beaucoup de place pour d’éventuelles notes. À la toute fin du livre, juste avant le colophon, un tableau de classification des baleines nous aide à comprendre les appellations qui leurs sont données tout au long du récit.

[31] Traduit « Les mammifères » en Allemand.

Club de la femme

On ne sait que peu de choses en ce qui concerne le Club de la femme. C’est Laurent Rombaldi, alors dirigeant de la maison d’éditions Rombaldi qui, à la suite d’un voyage au États-Unis en 1945, décide de mettre en place un système de courtage et de vente par correspondance. C’est en 1957 que le Club de la femme (qui sera toujours une collection des Éditions Rombaldi) voit le jour. Ces livres sont toujours reliés, avec une couverture blanche et illustrés en quadrichromie. Le format est fixe: toujours 13,4 x 18,7 cm. Bien que son format et son jeu de couverture ne changent pas, on remarque une volonté de donner aux lectrices et lecteurs des informations sur le récit ou sur l’auteur. En effet, le plus souvent au début, on peut y trouver une interview de l’auteur sur sa méthode ainsi que sur sa réflexion, accompagnée de documents inédits, d’illustrations, de photographies et de lettres.

    Tout comme les Clubs de cette époque, la couverture est protégée par un acétate, qui n’est pas sérigraphié, servant uniquement de protection à la couverture. Le titre, le nom de l’auteur et le logo du Club de la femme ne sont présents que sur la tranche. Les contreplats sont constitués de motifs floraux dans la totalité de la collection. Sur la page de titre, on trouve le titre, le logo du Club et le dépôt légal. C’est sans conteste dans les pages qui suivent que les maquettistes ont été les plus inventifs, notamment là où sont retranscrites les interviews.

    La page de faux titre est souvent agrémentée d’une photographie ou d’une illustration. Un des livres que j’ai eu la chance de récupérer grâce à Jérôme Dupeyrat, et qui reflètela créativité de ce Club, est Les choses de la vie [32][i] de Paul Guimard. Ce livre traite de remise en question, de perception de sa propre vie, de la mort et de toutes les questions qu’elle provoque. Dans les pages liminaires, imprimées en bichromie noir et bleu, on apprend que Paul Guimard a connu une situation similaire au personnage principal, il nous livre au fur et à mesure de ces pages son ressenti face à cette mort incertaine, son interview étant accompagnée de photographies d’accidents de voiture (en référence au personnage principal).

[32] Guimard Paul, Les choses de la vie, Club de la femme, 1968.
Page liminaire des Choses de la vie Page liminaire des Choses de la vie Page liminaire des Choses de la vie Page liminaire des Choses de la vie

    Le corps du livre est le plus souvent composé avec des polices classiques. Le colophon quant à lui n’est jamais très bien fourni, hormis l’achevé d’imprimer, la police utilisée et le papier, il n’y a guère plus d’informations en ce qui concerne la réalisation du livre: ni collection, ni maquettiste, ni numéro. En revanche, on trouve souvent des informations sur les photographies et les illustrations présentes dans le livre.


Club du livre du mois

Le Club du livre du mois [33] a été initialement créé par Louis Gérin, mais c’est Claude Tchou qui le dirige par la suite avec Annie Bleu. Claude Tchou fut l’un des principaux représentants des Clubs en France, en particulier de 1950 à 1960. Il travaille d’abord à Bruxelles à l’Ambassade du livre, club créé lui aussi par Gérin et exclusivement limité à la Belgique, c’est pourquoi le Club du livre du mois est né. Louis Gérin propose donc à Claude Tchou de devenir associé et de gérer le club en France. C’est Louis Gérin qui assure la conception et la fabrication des clubs tandis que Claude Tchou s’occupe du recrutement de membres et de la gestion de fichiers. C’est le 10 janvier 1950 que la société Club du livre du mois est déposée et qu’1 000 000 d’anciens francs est partagé entre la gérante Yvette Pelletier et Jacques Freydiger. À la suite d’un désaccord entre les deux parties, Claude Tchou et Annie Bleu se retrouvent à la tête de la société en 1952. À cette époque, le club publie quatre ouvrages par mois, reliés pleine toile, et pour la plupart d’après les maquettes de Jean Garcia.

[33] Que j’appellerais CLM.

    Les ouvrages du Club du livre du mois sont souvent moins élaborés que ceux du CFL ou du CML mais sont moins chers à la vente et à la production. Les campagnes de recrutement de lecteurs sont similaires à celles des autres clubs, c’est donc par voie de presse ou voie postale qu’il est effectué. En 1956, le CLM regroupe dans son fichier adhérent plus de 150 000 membres et devient ainsi le second des Clubs. Malgré cela, le CLM se voit rapidement rattrapé par des difficultés financières, dues en grande partie à son endettement vis à vis de son principal fournisseur, l’imprimerie des Petit-fils de Léonard Danel. En 1956, la gestion du Club est confiée à une société d’exploitation: Les amis du Club du Livre du mois, dirigée par François Richaudeau et contrôlée par l’imprimerie des Petit-fils de Léonard Danel.

    À ce moment, Claude Tchou, n’étant plus au sein du comité de direction, démissionne trois mois plus tard. Puis en 1958 c’est Annie Bleu qui démissionne de sa fonction. Le CLM perd alors son attrait et change complètement sa philosophie, il devient par la suite «Le grand livre du mois».

Je vais maintenant vous parler de mon premier ouvrage du Club du livre du mois: Le meilleur des mondes[34][j] d’Aldous Huxley. Publié en 1956, composé en Grotesque corps 9 sur du papier bouffant de luxe à hauteur de 5500 exemplaires, son format est classique: 13,9 x 21,2 cm. C’est Jean Latour qui en assure la maquette. Le plat de couverture est entoilé d’un tissu noir. Le dos de couverture ne présente aucune inscription, la tranche quant à elle, comprend les informations standards comme le titre, l’auteur et le monogramme du Club : CLM.

[34] Huxley Aldous, Le meilleur des mondes, club du livre du mois, 1956, 5500 ex.
Page liminaire du Meilleur des mondes Page liminaire du Meilleur des mondes Page liminaire du Meilleur des mondes

    On peut voir sur la couverture un demi cercle de couleur vert d’eau qui vient se terminer dans les angles extérieurs.

Dans l’angle gauche, à droite de la tranche se situe un «+» embossé blanc. Les contreplats font référence à l’idée de caste dont Huxley parle dans son roman: «+» et «-», qui représente la stabilité. Les couleurs des pages liminaires font aussi référence à ce système de caste: Alfa, Beta, Gamma, Delta. Ces pages sont aussi un bel exemple de la page-écran: au fur et à mesure des pages, on voit apparaître successivement le prénom, le nom de l’auteur, le titre original : “Brave new World” dans un cercle en négatif sur une page vert d’eau, auquel fait face un cercle plein noir sur une page jaune sable. Ensuite vient le titre en français. Dans ces pages liminaires, tout est question d’équilibre. À chaque fois qu’un élément est présent dans les pages, il trouve son contraire dans les pages suivantes. Nous découvrons ensuite le nom du traducteur, et ce générique se termine par une citation de Voltaire: «Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes», évidemment. La préface de l’auteur est composée en grotesque corps 13. L’empagement est différent du corps du livre et le blanc de pied laisse grandement de la place pour d’éventuelles notes.

    Le roman commence, les chapitres sont annoncés en corps 9, comme le texte courant. À la toute fin du livre, on retrouve le colophon présent dans la plupart des Clubs, avec le monogrammes du CLM. On peut voir que ce roman est issu de la collection «Le meilleur livre du mois», réservé aux adhérents du Club du livre du mois, puis toutes les informations relatives à sa conception dont le maquettiste: Jean Latour.

    Les Clubs ont joué un grand rôle dans la reconstruction du savoir français suite à la Seconde Guerre mondiale. Grâce à leur politique de rénovation de l’édition, à leurs méthodes de communication innovantes, avec la diffusion de bulletins de sélection d’ouvrages, la mise en place de formules d’abonnements, la modicité des prix, ils ont mis en exergue l’importance de la relation lecteurs/éditeurs.

    Par l’intermédiaire du Club du Meilleur Livre, de grands éditeurs de l’époque (Gallimard, Hachette ou Robert Laffont) ont non seulement adopté l’idée de la mise en œuvre de collections, mais se sont aussi focalisés sur l’importance des choix typographiques, la portée des notes et l’apport d’une iconographie pointilleuse dans l’élaboration de leurs publications.


Conclusion

Les Clubs ont brisé les codes de l’édition de l’époque afin de faire du livre un livre-objet. Chaque livre des Clubs est unique. Les jeux typographiques déployés dans l’espace du livre, l’iconographie, l’utilisation de matériaux différents, accentuent le plaisir de la lecture. Étendre encore plus la culture présente dans les livres, «oscillant entre culture savante et culture populaire» [35], toucher un lectorat toujours plus grand a été la grande ambition des Clubs et de l’une de leur figure tutélaire, «le Magicien du Livre» Pierre Faucheux.

[35] Guiral Catherine, Jérôme Dupeyrat et Brice Domingues (dir.), L’écartelage, ou l’écriture de l’espace d’après Pierre Faucheux, éditions B42, Institut supérieure des arts de Toulouse, 2013, p.18.

    Les Clubs, actifs de 1946 à 1960, ont déterminé une «‹culture club› qui rend ces livres si identifiables et justifie qu’on les étudie, les collectionne, et qu’aujourd’hui ils constituent pour un certain nombre de graphistes contemporains un modèle qu’ils actualisent plutôt qu’ils ne l’imitent». [36]

[36] Ibid.

Rencontre avec Jérôme Dupeyrat

Bonjour Jérôme,

Tout d’abord merci de bien vouloir répondre à mes questions. Mon mémoire s’articulera autour des clubs français du livre, par «les» j’entends Le Club Français et celui du Meilleur Livre. Je me consacre à eux mais il n’est pas impossible que par la suite j’ajoute d’autres clubs à mon corpus. Je viens vers vous pour que vous me fassiez partager vos connaissances sur le sujet. J’en ai déjà appris beaucoup grâce au prisme de Pierre Faucheux et Robert Massin au travers de plusieurs livres, ce qu’il me manque c’est surtout des ressources en ce qui concerne Jacques Darche, Jacques Daniel, et enfin Jeanine Fricker. Je sais qu’il existe un fond consacré à Jeanine Fricker dans la ville de Tourtour (de ce que j’ai compris dans une interview de Massin), ainsi qu’une thèse sur le CFL publiée en 1996 par Alban Cerisier mais introuvable sur le net. Je suis aussi à la recherche d’éphémérides, j’entends par là les revues ou bulletins que les clubs faisaient parvenir à leurs adhérents, à commencer par «Liens, Cahier mensuel des lettres et des arts» pour le CFL, puis «Club», le bulletin du Club du Meilleur Livre. Dans quelques temps je me rendrai à l’IMEC afin de consulter le fond Pierre Faucheux, ainsi que la Bibliothèque des Chartres où l’on trouve le fond Robert Massin. Mais avant cela, j’essaye de glaner des informations pour constituer une base solide de documentation à exploiter, qu’elle soit graphique ou purement théorique.

Merci de votre lecture,

À bientôt,

Arthur Epineau

réponse

Bonjour Arthur, Vous touchez à un problème récurrent pour les gens que ce sujet intéresse: Faucheux et Massin ont largement accaparé l’attention des commentateurs, et ce sont aussi eux seuls parmi les graphistes des Clubs qui ont pris la parole ou leur plume au sujet de leur parcours. En outre, la thèse d’Alban Cerisier est en effet inaccessible, pour des raisons un peu mystérieuses. S’il vous est possible de vous déplacer pour aller consulter le fonds d’archives de Jeanine Fricker, ce sera le meilleur moyen d’obtenir des ressources. Pour Darche, Daniel, et les autres, j’avoue malheureusement ne pas savoir quoi vous conseiller.

    Voici néanmoins quelques ressources bibliographiques ou en ligne qui pourraient vous être utiles si vous ne les connaissez pas déjà :

  • - François Richaudeau, Le phénomène des clubs, in Pascal Fouché (dir.), L’édition française depuis 1945, éditions du Cercle de la librairie, 1998.
  • - https://editions-b42.com/produit/lecartelage/ (sur Faucheux, voir également son autobiographie intitulée Écrire l’espace, mais je pense que vous connaissez tout cela).
  • - Marie-Christine Marquat (dir.), Pierre Faucheux, Le magicien du livre, Paris, Éditions du Cercle de la Librairie, 1995.
  • - Robert Massin, «On détestait le code typographique et toutes les règles anciennes de composition», in Olivier Bessard-Banquy et Christophe Kechroud-Gibassier (dir.), La Typographie du livre français, Bordeaux, Presses universitaires de Bordeaux, 2008.
  • - http://www.t-o-m-b-o-l-o.eu/entrevue/avec-massin-a-propos-de-jeanine-fricker/ - EN PJ, le texte d’un entretien paru dans la revue The Shelf n°2 : http://journal.theshelf.fr/journal#2
  • - + le site http://editions205.fr/clubs/

    Par ailleurs, il me semble avoir quelques éphémérides de Clubs que je peux scanner au cours des prochaines semaines. Mais je vous encourage surtout à contacter deux personnes bien plus spécialistes que moi encore, à savoir Catherine Guiral d’une part, et Damien Gauthier d’autre part. Vous pouvez les contacter de ma part:

Catherine Guiral

Damien Gautier / Bureau 205

Bonnes lectures,

Jérôme Dupeyrat www.jrmdprt.net

Bonjour Jerôme,

Merci d’avoir répondue si rapidement. En effet je pense aller consulter le fonds d’archives de Jeanine Fricker le plus rapidement possible afin d’en apprendre un petit peu plus. Pour ce qui est de Darche, Daniel and co, je pense pour l’instant être dans une impasse, je vais néanmoins continuer de creuser la question. Merci pour toutes vos ressources, il ne me manquait plus que l’article de The Shelf mais qui est indisponible sur leur site… Merci de me l’avoir envoyé. Pour la question des éphémérides, je suis plus qu’intéressé, car cette ressource manque grandement sur internet et il n’y a que quelques livres qui en font vaguement allusions. Merci infiniment pour l’adresse mail de Catherine Guiral et Damien Gauthier, je vais leur envoyer un mail de ce pas. Pour finir je serais ravie de vous faire parvenir une copie de mon mémoire lorsqu’il sera terminé, si vous le souhaitez.

Merci pour votre intérêt,

À bientôt

réponse

Bonjour,

J’aurais du temps pour chercher mes éphémérides la semaine du 29 octobre au 2 novembre au plus tard, peut-être avant avec un peu de chance. Je l’ai noté pour ne pas oublier en tous cas.

Bonnes recherches,

JD

Bonjour Arthur,

J’espère que vos recherches sur les Clubs avancent de façon fructueuse. Je sais que vous avez contacté Catherine Guiral. Je suppose qu’elle vous a transmis de nombreuses informations. Avez-vous mis la main sur des éphémérides depuis notre échange de mails ? Car de mon côté mes possessions sont très maigres en fait, et rien qui ne relève du Club Français ni de celui du Meilleur Livre. J’espère que votre pêche aura été meilleure auprès d’autres personnes.

Bien à vous,

JD

Bonjour Jérôme,

Oui merci cela avance bien, j’ai commencé à rédiger mon plan et à regrouper toutes les informations que j’ai déjà accumulés. Catherine m’a été d’une grande aide, surtout en ce qui concerne deux article au sujet de Jaques Darche et Jaques Daniel:

L’édition littéraire aujourd’hui, P.U. de Bordeaux

Le signe produit et reproduit dans La créativité en noir et blanc, aux Nouvelles éditions polaires

Malheureusement non, j’ai n’ai toujours pas mis la main sur un éphéméride… Mais je suis en contact avec Boris Donné, professeur de littérature à l’université d’Avignon, qui est susceptible d’en posséder quelques uns. Je suis une vente en ce moment de quelques numéros, en espérant qu’il n’y ai pas trop d’enchères dessus, je n’aurais d’autres choix que de les acheter. Mis à part ce léger contre temps dans ma recherche, en ce moment je me penche sur le Club de la Femme, Perrine Saint-Martin m’ayant prêter quelques exemplaires, j’ai été subjugué par les pages liminaires de ce Club. De ce fait je me plonge dans divers article disponible sur internet et ce qu’on peux trouver dans les livres mais pour l’instant je n’ai que de très maigre ressources.

Au plaisir de discuter avec vous,

Passez une agréable soirée

Arthur

réponse

Alors par contre, les clubs de la femme, outre que j’en ai une centaine (dont plusieurs doubles ou triples que je peux vous donner en vous les faisant passer via David), j’ai aussi quelques ressources (articles) à son sujet. Je peux également vous faire passer cela via David. Comme vous l’aurez sans doute remarqué, dans la quasi totalité des cas les colophons de ce club-là ne font pas mention des graphistes, à la différence de la plupart des autres clubs. À force d’en accumuler, j’ai fini par en avoir un ou deux qui sont signés, mais je n’ai pas réussi, pour l’instant, à trouver d’informations conséquentes sur les graphistes concernés. J’ai identifié la veuve de l’un d’eux, mais sa collaboration avec le Club de la femme semble avoir été passagère.

Bien à vous,

Jérôme

Je suis plus qu’intéressé par ce que vous venez de me dire là ! En ce moment je fais un travail de collecte et de scans, donc tout les clubs que je possède y passent, je commence à avoir une base solide de matière mais je ne suis pas contre quelques nouvelles éditions du Club de la Femme. Et pour vos articles je suis très intéressé aussi.

Oui, j’ai remarquer l’absence des maquettistes dans le colophon ainsi que la police utilisée sur certain, malgré cela certaines sont identifiables, d’autres sont un peu plus compliquées.

J’ai une petite question aussi, dans les livres que m’a prêté Perrine, il y en a un qui possède le même format, le même colophon, la même couverture, la même reliure qu’un club de la femme, mais le logo sur la tranche est différent, c’est celui du Cercle des Libraires, et on retrouve ce cercle sur une des pages liminaire, pourriez-vous m’éclairer là-dessus ?

Je vous ai mis le scan de la couverture, tranche et du dos en PJ.

Merci beaucoup,

Passez une agréable journée

réponse

Oui, c’est une histoire de rachat. Si ma mémoire est bonne, le fonds du Club de la femme a été racheté à un moment donné par les éditions Rombaldi, qui ont exploité et poursuivi l’activité sous l’appellation Cercle des libraires. Ou quelque chose de ce goût là... Cela est consigné dans l’un des articles que je vous ferai passer.

Bonjour Arthur,

David vous a peut-être fait passé quelques Clubs de la femme de ma part, ainsi qu’une série d’articles sur les clubs du livre (dont celui de la femme avec les éditions Rombaldi). Je viens de mettre de l’ordre dans ma bibliothèque et j’ai encore trouvé 28 Clubs de la femme en double ainsi... que divers ephemera.

Est-ce que cela vous intéresse ?

Je vous donne volontiers les livres que j’ai en double. Pour les ephemera, je vous propose un deal «gagnant-gagnant» comme on dit: je vous les prête en vous les faisant passer par David, qui pourra me les rendre une fois que vous les aurez consultés, et si vous les photographiez ou les scannez, je veux bien que vous me transmettiez les images en échange.

Bien à vous,

JD

Bonjour Jérôme,

Oui merci beaucoup ! J’attendais demain pour vous remerciez, David me les apportes demain.

Wouah ! Avec grand plaisir, c’est vraiment très gentil de votre part. David seras très heureux de rajouter du poids dans sa valise pour moi ;). Je suis toujours en train de scanner mes clubs ainsi que ceux de mes professeurs ou amis, donc si vous souhaitez avoir les images, je peux vous les envoyer. Normalement je ne fais que des scans, excepté certains clubs qui sont trop volumineux ou qui comprennent des leporelo. Mais pour les ephemera, je peux prendre des photos ainsi que des scans il n’y a aucun soucis.

Mon plan de mémoire se précise, ma problématique s’oriente vers la surprise graphique qu’on été les clubs. C’est quelque chose qui reviens souvent dans les interview. Donc je pense attaquer l’écriture sous peu. Je vous tiendrais au courant de l’avancé de l’écriture.

Merci infiniment,

Arthur

réponse

Les scans, c’est parfait. Je ne pourrai pas faire passer mes nouvelles trouvailles à David d’ici demain, mais pour la semaine suivante.

Au rayon surprises, c’est vrai qu’avec le Club de le femme, vous êtes servi, pour le meilleur et pour le pire !

À bientôt,

JD

Bonsoir Jérôme,

J’ai bien reçu tout vos Clubs, ainsi que l’Édition Française depuis 1945, c’est parfait ! Encore une fois, merci !

Je vous ai scanné tout le document, j’espère que cela vous va. Je l’ai redonné à David, il vous le rapportera sans doute en fin de semaine. Merci de votre considération et de votre implication dans la rédaction de mon mémoire.

Au plaisir de discuter encore avec vous,

À bientôt

Bonsoir Jérôme !

Quel plaisir d’arriver ce matin et de voir David avec ce gros sac plein de merveilles !

Merci beaucoup pour les ephemeras ! Je les ai tous scannés, je vous ferai passer les images et je les donne à David demain pour qu’il vous les rende ! J’espère que vous allez bien et que vos projets avancent comme vous le voulez. David m’a dit que vous étiez très pris en ce moment. Mon mémoire avance bien et mon projet de diplôme se précise de jour en jour. Pour l’instant je pense à un objet qui rendrait compte de l’activité des clubs, qui témoigne de cette génération de graphistes avant-gardistes, de leur utilisation de matériaux et de leurs grande liberté graphique, qui ont révolutionné le design de livre. Projet un peu fou, mais j’avance bien dans ma collecte. (En grand partie grâce à vous) Merci encore !

En vous souhaitant une agréable soirée,

À bientôt

réponse

Bonjour Arthur,

Avec plaisir. J’ai hâte de lire ton mémoire !

Bien à toi,

Jérôme Dupeyrat


Rencontre avec Boris Donné

Bonjour Boris Donné,

Je m’appelle Arthur Epineau et je suis en second cycle à l’École supérieure d’art et de design des Pyrénées, à Pau. Je suis en pleine recherche sur mon sujet de mémoire de fin d’études qui se porteras sur les Clubs du Livres (par «les clubs» j’entend les CFL, et le CML), il n’est pas à exclure que je rajoute des clubs (le Club de la Femme par exemple) à mon corpus, mais pour le moment je me consacre à l’étude de ceux-ci. Je suis à la recherche d’informations au sujet des bulletins que les Clubs faisaient parvenir à leurs adhérents (entre autre, mais il est vrai que tout ce qui est rapport au Club m’intéresse). J’ai n’ai trouvé que très peu d’informations à leurs sujet. C’est un aspect des Clubs que j’aimerais aborder dans mon mémoire dans la mesure du possible. Je viens vers vous sur les conseils de Catherine Guiral qui m’a fait part de votre passion pour les Clubs. Je voulais savoir si vous aviez des ressources qui seraient susceptibles de m’intéresser (toutes ressources est bonne à prendre) surtout en ce qui concerne ces bulletins. Si vous avez des images scannées par exemple, photographies, etc. Je serais plus qu’intéressé d’en apprendre un peu plus sur cet aspect des Clubs.

Merci de votre lecture,

À très bientôt

réponse

Cher Arthur Epineau,

Quoique n’étant pas spécialiste de design graphique (j’enseigne la littérature française dans une petite université, à Avignon), j’ai depuis l’adolescence un vif intérêt pour la typographie et les arts du livre (ça a failli être ma vocation), et en particulier pour le travail de Pierre Faucheux, et, dans une moindre mesure, celui de Massin, ainsi que de Jeannine Fricker, Jacques Darche, Jacques Daniel… Cet intérêt est venu des livres «Club» car mon père, dans sa jeunesse, avait été abonné au Club Français du Livre, il en possédait un certain nombre qui me fascinaient (ce n’étaient pourtant pas les plus intéressants: à l’époque où il était abonné, Faucheux et Massin étaient déjà partis de ce Club); de là une passion qui ne m’a jamais quitté depuis pour ces livres (dès l’adolescence j’ai voulu en voir d’autres que ceux qui étaient dans la bibliothèque familiale, et j’ai vite été émerveillé en découvrant, chez les libraires d’occasion, ce que Faucheux avait fait au Club des Libraires de France, et Massin au Club du Meilleur Livre). J’en ai acheté pas mal, au fil des années.

Quand on cherche à comprendre comment fonctionnait ces clubs, on a envie d’avoir accès à ce bulletin périodique qu’ils envoyaient à leurs abonnés, évidemment. Mais ces documents, considérés comme de simples prospectus, ont rarement été conservés, hélas: il est très difficile d’en trouver. Mon père avait soigneusement gardé tous les bulletins du Club Français du Livre qu’il recevait pendant les années où il était abonné: et puis un jour, à l’occasion d’un déménagement, par manque de place, et sur l’injonction de ma mère, il a été obligé de s’en débarrasser. C’était quelques années avant que je commence à m’y intéresser. Il a mis du temps à m’avouer que tout ça avait été gardé, puis jeté… Petit drame familial. Je n’ai jamais vu, nulle part, un exemplaire du bulletin du Club Français du Livre.

J’ai eu l’occasion, par contre, d’acheter des numéros du bulletin du Club des Libraires de France, et de celui du Club du Meilleur Livre. Je n’ai pas de scans ni de photos, et tout est un peu compliqué d’accès pour moi car je partage mon temps entre Avignon et Paris, et en plus une partie de mes livres et papiers sont encore à Lyon, chez mes parents, d’autres même dans une maison à la campagne, en Ardèche… Tout ce que j’écris dans les paragraphes qui suivent est donc de mémoire.

Ces deux bulletins, je crois, étaient mensuels. Chaque numéro faisait 24 pages environ, parfois plus (numéros spéciaux) dans un format un peu inférieur au A4 (qui n’était d’ailleurs pas encore la norme pour le format standard du papier machine), disons 20 x 27 cm ou peut-être même un peu moins. Celui du Club des Libraires s’intitulait Actualité Littéraire, celui du Club du Meilleur Livre simplement Club. Je pense qu’à l’époque on en trouvait des exemplaires à prendre gratuitement chez les libraires qui distribuaient les ouvrages de ces clubs, comme des prospectus ou des catalogues; ils étaient aussi envoyés aux «abonnés» des clubs (qui s’engageaient à acheter, chaque mois, un certain nombre de volumes parmi ceux qui étaient proposés, à un tarif promotionnel). À chaque fois que j’ai pu voir des numéros de ces bulletins, ils avaient de toute évidence été gardés par des abonnés: ils avaient une pliure centrale dans le sens de la longueur, qui indiquait qu’on devait les envoyer ainsi par la poste, pliés en deux et entourés d’une bande avec l’adresse.

Ces deux bulletins, assez proches dans leur esprit, étaient chacun un mixte de magazine et de brochure publicitaire. Toutes les nouveautés que le club publiait chaque mois étaient présentées, avec des petites photos (mais l’impression était presque toujours en noir et blanc ou en bichromie); on reproduisait parfois des extraits des œuvres, ou des préfaces / postfaces originales qui les accompagnaient. Souvent on jouait, dans ces pages présentant les nouveautés, avec les éléments iconographiques ou les typos utilisées dans le volume lui-même. Il arrivait qu’une parution particulière fasse l’objet d’un mini dossier, avec des textes inédits, venant d’une certaine façon compléter ou prolonger ce qu’on trouvait dans le volume. Ces bulletins contenaient aussi des pages sur la vie du Club: on indiquait les libraires, à Paris et en province, chez qui on pouvait trouver les volumes, on publiait des courriers de lecteurs (félicitations, ou critiques, à propos de volumes déjà parus, suggestions…). Aussi des listes de volumes encore disponibles, listes de volumes en voie d’épuisement… Et à côté de ça, il y avait une partie magazine: on parlait de l’actualité des publications, pas seulement celles du club qui publiait le bulletin, on évoquait l’actualité littéraire et scientifique, parfois on présentait des petits dossiers thématiques (le bulletin du Club des Libraires de France a un numéro dans lequel Faucheux avait fait un dossier sur «l’architecture du livre» — je ne l’ai jamais trouvé, malheureusement, je crois qu’il est très recherché).

Quand je pourrai, j’essaierai de vous envoyer des photos d’un numéro de l’un et de l’autre (je dois pouvoir remettre la main sur Club plus facilement que sur Actualité littéraire), pour que vous puissiez vous faire une idée plus précise.

De votre côté, tenez-moi au courant de votre recherche, et de la façon dont vous précisez votre sujet.

Bien à vous,

BD.

Bonjour Boris,

Merci infiniment pour votre réponse et vos précisions sur le contenu de ces bulletins. Je me reconnais énormément quand je vous lis. J’ai été frappé par les livres des Clubs lorsque je préparais une exposition en tant que bénévole, pour venir en aide à mes professeurs. Cette exposition avait pour but de présenter les livres et d’interroger le rapport à l’espace. Comment montre-t-on un livre dans un espace d’exposition ? On pouvait y trouver une multitude d’éditeurs, et de travaux de designer, comme Irma Boom par exemple. Et c’est en répertoriant tous ces livres que j’ai pris connaissance des livres du Club. Et ça m’a paru comme une évidence d’écrire mon mémoire sur cette période d’après guerre dans le milieu de l’édition. Étant passionné par la littérature classique essentiellement, mais aussi contemporaine depuis le début de l’adolescence, il était normal pour moi de m’intéresser aux personnes qui «fabriquent» ces livres. En particulier sur le travail magnifique de Robert Massin pour Le Pont de la Rivière Kwaï de Pierre Boulle au Club du Meilleur Livre (qui a d’ailleurs été le tout premier Club que j’ai acheté). Il fallait que je l’ai c’était plus fort que moi, au delà d’une simple envie, c’étais une nécessité de le posséder et de le parcourir comme bon me semble.

Pour l’instant ma problématique est encore un peu floue, en partie parce qu’il y a une quantité conséquentes de Clubs, tous plus intéressants les uns que les autres. Je sais que mon corps de mémoire sera essentiellement l’analyse des formes présentes dans les pages liminaires ainsi que les rappels et jeux typographiques présents tout au long d’un ouvrage, comme la pagination par exemple. J’effectue actuellement un travail de collecte et de scan sur la totalité de mes Clubs, afin de voir des récurrences, comprendre la grille de mise en page, trier les polices utilisées, ainsi que l’iconographie.

Pour ce qui est des Bulletins des Clubs je vais moi-même essayer de m’en procurer — je pense qu’il est intéressant pour le jury de pouvoir manipuler les objets présents dans mon mémoire, comme les Clubs d’ailleurs qui viennent remplir petit à petit ma bibliothèque (qui est déjà pleine).

Merci pour vos photos que j’attends avec grande impatience. Je vous tiendrais évidement au courant de l’avancement de ma recherche et je suis impatient de pouvoir échanger de nouveau avec vous. Je serai ravie de vous faire parvenir un exemplaire de mon mémoire lorsque celui-ci sera terminé, si vous le souhaitez.

Bien à vous,

Passez une agréable journée

réponse

Ce Pont de la rivière Kwaï de Massin est magnifique: je le connais bien mais hélas, je ne l’ai pas ! Il faut dire que je suis assez difficile: avant d’acheter un volume (sauf un qui m’intéresserait particulièrement pour une raison ou pour une autre), j’attends de trouver un exemplaire en état quasi parfait, avec le rhodoïd. Mais c’est aussi un plaisir d’être à l’affût, bien récompensé quand un jour on tombe finalement sur l’exemplaire qui vous attendait. J’ai la chance d’en voir passer pas mal, à des prix relativement corrects, à Paris.

Faucheux avait aussi fait une maquette pour le même livre au CLF: une toile verte, avec les drapeaux britannique et japonais. Mais Massin a l’avantage sur ce coup-là (bien sûr nous n’en dirons rien à Catherine).

Au passage: s’il y a des titres que vous aimeriez vraiment avoir, vous pouvez toujours m’envoyer une petite liste, je mettrai ça dans un coin de ma tête et j’essaierai d’y penser en écumant les bouquinistes. J’essaie de les payer entre 5€ et 10€, sauf titres d’une grande rareté.

J’oubliais une chose: pour le CLF et le CML, il y a deux publications fondamentales, que vous connaissez peut-être déjà:

— Bernard Gheerbrant, Le Club des Libraires de France. IMEC éditions, 1997 (historique du club par son directeur littéraire / fondateur, avec un catalogue détaillé complet)

— Jean-Étienne Huret & Alban Cerisier, Le Club du Meilleur Livre. 1952-1963, Librairie J.-É. Huret, 2007. (historique et catalogue complet reprenant, pour chaque titre, toutes les indications complémentaires qui ont pu être donnés dans le bulletin)

Bonne soirée, et à bientôt,

BD.

Bonjour Boris,

Comment allez-vous ?

Cela fais longtemps depuis notre dernier échange. En effet, je n’ai pas eu beaucoup de temps, entre la rédaction de mon mémoire et mes réflexions sur un éventuel projet de diplôme. Je viens vous faire part d’une aventure «livresque» que j’ai eu récemment. Étant du côté de Cahors lors des fêtes de fin d’année, j’ai pu (par chance) me procurer bon nombre de clubs, dont deux en particulier qui ont su me ravir, que ce sois le contenue ou le graphisme qui y est présent. Ces livres sont Ludwig Van Beethoven et Wolgang Amadeus Mozart par Jean et Brigitte Massin, au CFL. Leurs grilles de mise en pages est tout bonnement magnifique, la qualité du papier également. Il n’y a pas ou peu de pages liminaires mais la qualité de la grille m’a laissé sans voix. Il faut dire aussi que j’ai eu la chance de les trouver en excellent état, et, par chance, avec leurs petits dépliants, représentant des cartes, ou évolution musicale. Il y a aussi Les innocents de Paris par Gilbert Cesbron au Club du livre du mois dont les pages liminaires, sont merveilleuses (je vous enverrais des scans dans les jours qui viennent). J’ai aussi eu le plaisir de lire une lettre présente dans un des club trouvé à cette occasion, où il était question d’attentat à la pudeur lors d’une chute pour cause de verglas en pleine rue. Il y a quelques chose de l’ordre de la fiction dans tous ces objets que je trouve.

Mon projet de diplôme avance bien, il est question de penser et réaliser un objet qui rendra compte de la révolution graphique qu’on été les clubs. La forme de cet objet m’est encore inconnue… Livre, journal, site internet, revue. Il ne faut juste pas que je tombe dans l’idée d’un catalogue. Donc pour l’instant je suis encore en pleine collecte, ponctuée par quelques périodes de scans lorsque j’en ai le temps. Et au moment ou je vous parle, je viens de trouver un exemplaire de Le mort de Georges Bataille publié par Jean Jacques Pauvert en 1967 donc très heureux de cette nouvelle année.

J’espère que vous allez bien

En vous souhaitant une merveilleuse année

Passez une agréable journée

réponse

Cher Arthur,

Excusez-moi d’avoir tardé à vous écrire à nouveau: de mon côté, j’étais assez débordé par mes diverses obligations en cette fin d’année 2018 / début d’année 2019, et j’attendais de remettre la main sur les numéros dont je dispose des bulletins du CLF et du CML. Mais quelques jours passés à Lyon, chez mes parents, à l’occasion d’une intervention de deux jours à l’ENSBA Lyon en compagnie de Catherine Guiral m’ont donné l’occasion de me mettre à leur recherche. J’étais à peu près sûr de les avoir laissés là, et j’ai retrouvé sans trop de peine quelques numéros d’Actualité littéraire (le bulletin du CLF, sans doute mis en page par Faucheux, comme toute la production du club) au fond d’un carton. En les feuilletant, je me suis aperçu que j’en avais un en double! Pourriez-vous me donner une adresse postale à laquelle vous l’envoyer ?

Je connais les Beethoven et Mozart du CFL, et aussi ces Innocents de Paris. Le Club du Livre du Mois, et aussi le Livre-Club du Libraire, sont moins appréciés que les trois grands (ils n’ont pas eu de graphistes de l’importance de Faucheux, Massin, Darche, Fricker, Daniel), mais il y a pourtant chez eux des réalisations vraiment très intéressantes.

En tout cas je vois que ces clubs, c’est une espèce de virus qui produit les mêmes symptômes chez une certaine catégorie de personnes, en vous lisant, je retrouve tout à fait l’enthousiasme qui me saisissait moi aussi, dans les débuts de mon exploration de cet univers éditorial fascinant. Ça fait une bonne trentaine d’années, et aujourd’hui encore, quand j’en trouve un que je cherche depuis longtemps, ou un que je ne connais pas (même si ces plaisirs deviennent plus rares avec le temps qui passe, évidemment), c’est toujours la même excitation !

Bien à vous,

BD.

Bonjour Boris,

Ne vous en faite pas, je comprend tout à fait. C’est très gentil de votre part, vous pouvez me l’envoyer à cette adresse: une adresse secrète, chez Arthur Epineau. Je vous renverrai des timbres afin de vous rembourser l’envoie.

Oui c’est ce que je peux remarquer en regardant les clubs que j’ai en ma possession, étant donné que je les achète pour leurs pages liminaires, ou leurs couvertures, je peux observer la richesse des clubs un peu moins recherchés.

Oh que oui, un virus grandissant même ! Et qui je pense, ne va pas s’atténuer avec le temps.

Encore un grand merci pour l’intérêt que vous portez à mon projet.

C’est toujours un plaisir de vous lire,

À bientôt

réponse

Cher Arthur,

Hier la Poste, avec son efficacité habituelle, m’a retourné le courrier que je vous avais envoyé il y a presque deux mois et demi.

Motif: «Destinataire inconnu à l’adresse».

Pourtant j’ai l’impression d’avoir copié correctement celle que vous m’aviez indiquée ?

Photo ci-jointe, dites-moi si vous voyez l’erreur que j’ai commise. Vraiment désolé pour ce loupé !

Bien à vous,

BD.

Colis retourné

Bonjour Boris,

Ça fait longtemps, j’espère que vous allez bien.

Alors... J’ai eu de grandes histoires avec la poste, étant en stage à distance aux éditions de l’épure, j’ai rencontré quelques problèmes avec des réceptions similaires à la votre... Depuis deux semaine maintenant, je reçois tout mon courrier car j’ai fait le nécessaire, et je pense que cela ne se reproduira plus. Veuillez m’excuser pour ça...

Comment allez-vous ? Je n’ai pas pu me déplacer à la biennale «Exemplaire», y étiez-vous ?

De mon côté mon mémoire est sur la fin, mon projet avance bien et ma collection ne cesse de grandir. En ce moment je suis à la recherche du manifeste du surréalisme par André Breton, je garde espoir !

P.S: Il n’y a pas d’accent à Epineau, mais je ne pense pas que le «É» ait joué un quelconque rôle dans la non-réception de ce courrier ;)

Bien à vous

Passez un agréable week-end


Index

Bibliographie

Bessard-Banquy Olivier et Christophe Kechroud-Gibassier La typographie du livre français, Pessac, Université Bordeaux 3, Pôles des métiers du livre, Les Cahiers du Livres, 2008, 275 pages.

Daniel Jacques « Le signe produit et reproduit », La créativité en noir et blanc, Nouvelles éditions polaires, p. 102-145, 1973.

Faucheux Pierre, Écrire l’espace, Paris, Robert Laffont, 1978, 442 pages.

Gheerbrand Bernard, Le Club des libraires de France 1953-1966, Paris, IMEC Éditions, 2004, 280 pages.

Guiral Catherine, Jérôme Dupeyrat et Brice Domingues L’écartelage, ou l’écriture de l’espace d’après Pierre Faucheux, Paris, B42, 2013, 164 pages.

Heller Steven et al. Massin et le livre : La typographie en jeu, Ensad, Paris, 2007, 151 pages/

Huret Jean Étienne et Alban Cerisier, Le club du meilleur livre (1952-1963), Paris, Librairie Jean Étienne Huret, 2007, 163 pages.

Landrieux Laurence, Jeanine Fricker, une actrice du renouveau typographique de l’après-guerre français, Hélène Védrine (dir.) mémoire master 1 Lettres modernes appliquées, 110 pages, 2008.

Marquat Marie-Christine, Pierre Faucheux, Le magicien du livre, Electre, 1995, 288 pages.

Massin Robert, La mise en page, Paris, Editions Hoëbeke, 1991, 139 pages.

Musée-galerie de la SEITA, 40 ans d’édition française. Hommage à Massin : Exposition du 8 février au 1er avril 1989, Paris, Musée-Galerie de la SEITA, 1989, 57 pages.

Richaudeau François, « Le phénomène des clubs », Pascal Fouché (dir.), L’édition française depuis 1945, éditions du Cercle de la librairie, 1998.

Warburg Aby, L’Atlas Mnémosyme, Roland Recht (dir), édition l’écarquillé, 2012.


Article

Balgiu Alex, Thierry Chancogne, Jérôme Dupeyrat, Damien Gauthier et Catherine Guiral, Culture Club, une discussion autour des clubs du livre ,The Shelf Journal, n° 2, 2013.

Vermeil Samuel, L’Écho d’un langage trouvé. Notes sur le travail de Pierre Faucheux , Marie Louise, Éditions F7, n° 2, Sous la dir. de  Gaël Etienne, novembre 2006, pp. 2-13.


Sitographie

Wikipédia

Les amis du Club

abraxas-libris

Bulletin des bibliothèques de France

Gallica

signes

flickr

Tombolo, Jeanine Fricker

Magazine Graphis

Indexgrafik Robert Massin

Indexgrafik Pierre Faucheux.

Indexgrfik Jeanine Fricker

Pixelcreation Massin

je suis un amateur en tout

Revue textimage

un dessin par jour

liberedit

Jeanine Fricker, Tombolo

Les clubs des livres, typomanie

Wikipedia club du meilleur livres

Le Club du meilleur livre, paris-art

Pratiques graphiques dans l’édition courante, Indexgrafik

Eye Magazine

L’écho d’un langage trouvé,notes sur le travail de Pierre Faucheux

Büchergilde

Signes, Conception et graphisme du livre en France, 1956-1968

Liste des clubs, Bulletin des bibliothèques de France

Le Livre, lieu d’innovation et de création artistique, Bulletin des bibliothèques de France

La Typographie du livre français, Bulletin des bibliothèques de France


Vidéo

Centre National des Arts Plastiques, L’écartelage, ou l’écriture de l’espace d’après Pierre Faucheux, disponnible sur : www.dailymotion.com/video/x19i13c. (consulté le 07/09/18).

Centre Pompidou, Alban Cerisier, Crystal Maze IV - 1 + 2 + 3 = 3, Pierre Faucheux et l’édition française, disponnible sur : www.dailymotion.com/video/xydktu. (Consulté le 09/10/18).

Massin 1/4. (s.d.). Récupéré 9 novembre, 2018, disponnible sur https://www.dailymotion.com/video/x1iigu

L’objet livre séquentiel : les mises en page cinétiques des Clubs du Livre par Irène Dunyach. (s.d.). Récupéré 9 novembre, 2018, disponnible www.canal-u.tv


Radio

Radioscopie, Pierre Faucheux présentés par Jacques Chancel, 1978, disponnible sur : www.ina.fr/video/PHD99229130/pierre-faucheux-video.html. [Consulté le 09/10/18].

Histoire de la librairie (4/4), Le Club des libraires de France (1953-1966), 2008, disponnible sur : https://www.franceculture.fr/emissions/la-fabrique-de-lhistoire/histoire-de-la-librairie-44. [Consulté le 09/10/18].

Robert Massin. (2014, 16 juillet). Récupéré 9 novembre, 2018, de https://www.franceculture.fr/emissions/des-idees-sous-les-platanes/robert-massin-dit-massin


Corpus analysé

Lichtenberg Georg Christoph, Aphorismes, publié au Club français du livre en 1947, imprimé par l’imprimerie Wallon à Vichy sur du Vélin blanc Featherweight, relié par Engel à Malakoff et composé en Romain 44 corps 10 par Pierre Faucheux.

Comte de Lautréamont, Oeuvres complètes, publié au CLub français du livre en 1949, imprimé par l’imprimerie Paul Dupont à Paris sur du Alfama de Marais, relié par Engle à Malakoff, et composé en Bodoni corps 12 par Pierre Faucheux.

Verne Jules, De la terre à la lune, publié au Club français du livre en 1955, imprimé par l’imprimerie Paul Dupont à Paris sur du Offset sirène au filigrane du Club, relié par Engel à Malakoff, et composé en French round face corps 10 par Jacques Darche.

Carson Rachel. L, Cette mer qui nous entoure, publié au Club du meilleur livre en 1954, imprimé par l’imprimerie George Lang, sur du Vélin des papéteries Condat et composé en Plantin gras corps 10 par Jeanine Fricker.

Boulle Pierre, Le pont de la rivière Kwaï, publié au Club du meilleur livre en 1953, imprimé par l’imprimerie Georges Lang, sur du Alfa Cellunaf, relier par l’Atelier du livre à Paris et composé en Didot corps 10 par Pierre Faucheux.

De Portalès Guy, Chopin ou le poète, publié au Club des libraires de france en 1959, imprimé par l’Imprimerie Savernoise sur du Vélin blanc et composé en Europe corps 10 par Henri Huchot.

Blond Georges, La grande aventure des baleines, publié au club des libraire de france en 1953, imprimé par les Presse de l ’I.I.C.C. à Paris sur du Alfa Cellunaf et composé en Ramsès gras corps 10 par Pierre Faucheux.

Guimard Paul, Les choses de la vie, publié au Club de la femme en 1968, imprimé par l’imprimerie Brodart et Taupin sur du Moulin de pradelle et composé en Century corps 14 par Pierre Dizier

Huxley Aldous, Le meilleur des mondes, publié au Club du livre du mois, imprimé par l’imprimerie Chaix sur du Bouffant de luxe et composé en Grotesque corps 9 par Jean Latour.


Remerciements

Un grand merci à

    Natacha Détré ainsi que Charles Gautier pour leurs conseil avisés quand à la rédaction de ce mémoire.

    Perrine Saint-Martin pour son suivie tout au long de l’année, tant au niveau de la forme que du contenue.

    Catherine Guiral, Damien Gautier et Boris Donné pour nos discutions sur les Clubs et pour leurs annecdotes personnelles.

    David Coste et Jérôme Dupeyrat pour le don et la livraison d’une quarantaine de Club de la femme.

    Jean-Marc Saint Paul et Julien Bidoret pour leurs réponses à mes nombreuses questions sur les Clubs, et pour leurs innombrables prêts d’ouvrages.

    Isabelle Haumont pour ses nombreuses corrections et avec qui c’est toujours un plaisir d’échanger et de travailler.

Enfin je voudrais dire que Richard Pastel, Daniella Sharp et Robert Paté sont des gens extraordinnaires.

Merci Sophie Quehen d’être toujours là aprés ces 5 ans d’études et ces 3m2 innaccessible de notre appart à cause de mes livres.